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 LA LEGENDE DU PONT DU DIABLE
La légende du pont du diable
Au nord-est de Salins-les-Bains, le touriste curieux ne manque pas de visiter la Source du Lison, le Creux Billard et la Grotte Sarrazin qui forment une des plus remarquables curiosités naturelles du massif jurassien. Quelques kilomètres plus loin, en admirant la vallée encaissée entre les deux villages de Crouzet-Migette et Sainte-Anne, il emprunte le Pont du Diable qui enjambe la gorge très profonde où coule un ruisseau, affluent du Lison. Quelle est donc la légende se rapportant à ce pont et qui se raconte dans la région ...


Vers la fin du XIIIe siècle, les gens du pays sollicitèrent un entrepreneur de Salins nommé Babey pour réaliser cet ouvrage difficile. Consciencieux et de bonne renommée, ayant déjà fait ses preuves en construisant une église et d'autres édifices importants, paraissant suffisamment compétent pour réussir, il signa un contrat avec les deux communes qui voulaient faciliter leurs échanges et promit d'achever les travaux avant un an. Terrassiers, carriers, maçons, manœuvres et transporteurs affluèrent. Sur chaque versant, quelle animation sur les chantiers ! L'entrepreneur, l'architecte et les maîtres-compagnons se concertèrent pour choisir de part et d'autre l'endroit adéquat où l'on entaillerait la roche pour asseoir solidement sur leurs fondations les extrémités du pont ou culées. Des chariots tirés par des bœufs ou des chevaux, dans un va-et-vient incessant, amenaient à pied d'oeuvre les énormes blocs extraits des carrières voisines, ou transportaient des poutres de chêne. Les appels répétés, les cris rauques des voituriers retentissaient au loin dans la vallée. A proximité, des équipes s'activèrent autour des roches pour les transformer en pierres de taille que les maçons assemblaient. Infatigable, les plans en mains, Babey se déplaçait d'un groupe à l'autre, exigeant ici un travail plus soigné, là stimulant les ouvriers. Après plusieurs mois, les culées furent terminées. L'arche progressa lentement et l'on envisagea de poser prochainement le tablier ou plancher du pont. Heureux, le maître d'œuvre se frottait les mains de satisfaction.

Mais une nuit, un vacarme assourdissant réveilla les gens de Crouzet-Migette et Sainte- Anne. Inquiet, dès l'aube Babey fut sur les lieux. Quel désastre! Dans un enchevêtrement indescriptible, pêle-mêle au fond de la gorge, étaient entassés blocs, poutres, cailloux et autres matériaux. L'homme de l'art ne s'attarda pas à se lamenter, ni à discourir sur les causes de la catastrophe. Volontaire et décidé, n'ayant qu'une parole, il embaucha aussitôt d'autres ouvriers pour doubler les équipes. Il fallait se remettre à l'ouvrage avec ardeur pour pouvoir respecter les délais. Avec plus de rigueur et de minutie qu'auparavant, il contrôla le travail des maçons. Bientôt la construction reprit forme... Hélas! un soir un épouvantable fracas fit à nouveau sursauter les habitants effrayés qui se signèrent. Quelle malédiction s'acharne donc sur cet édifice ? se demandait-on à la ronde. Babey toujours si sûr de lui, avait-il vraiment toutes les capacités pour mener à bien cette délicate entreprise ? Le doute commençait à s'installer dans les esprits. L'entrepreneur déçu ne pensa qu'à recommencer une fois de plus pour tenir ses engagements. Désormais une garde de quelques hommes resterait la nuit sur place pour empêcher toute malveillance et effectuerait de fréquentes rondes. Tous les ouvriers du chantier redoublèrent de courage, travaillant dès l'aube jusqu'à la nuit. Une troisième fois, le pont se dressa solide et massif. Que pouvait-on encore craindre ? Dans quelques jours il serait complètement achevé.

Pourtant dans la nuit, malgré les précautions prises, tout s'écroula à nouveau pour la troisième fois dans un bruit infernal. L'éboulement faillit même entraîner au fond du précipice les gardiens présents sur les lieux.Accablé, prostré, le constructeur resta le dernier à contempler les décombres du pont qui, la veille encore, avait si fière allure. Tous ses efforts étaient anéantis. D'après le contrat, l'ouvrage devait être achevé dans huit jours! Babey se voyait humilié, ruiné, la risée de tous, lui, qui d'habitude mettait son honneur à respecter scrupuleusement les délais.
Impuissant devant ce nouveau coup du sort, il s'écria :
-Pour terminer, je donnerais tout, absolument tout, même mon âme au diable s'il le faut.
A ces mots, le démon surgit à sa gauche. C'était bien lui, cet être étrange au visage sillonné de rides, à la chevelure noire et hirsute, à la barbiche taillée en pointe et surtout au regard perçant et à la longue queue poilue relevée vers l'arrière.
-Je suis Satan. Tu m'as bien appelé. Que désires-tu ?
Abasourdi, effrayé, l'entrepreneur ne put articuler un seul mot.
-Tu es fort troublé. A trois reprises, tu t'es acharné à reconstruire un pont que je démolissais à chaque fois. Ne cherche pas à poursuivre les travaux sans mon consentement, car ma puissance est sans limite. Par contre si tu acceptes mes conditions, j'ai le pouvoir de tout achever aujourd'hui même.
-Que faudrait-il donc pour cela, interrogea Babey d'un air embarrassé.
-Tu es déjà d'accord pour me vendre ton âme. C'est entendu. J'exige encore celle de la première personne qui utilisera le pont terminé.
-Je ne peux guère consentir à cela et je n'en ai pas le droit.
-Alors tu t'en repentiras.
Satan fit mine de s'éloigner vers le fond de la gorge tandis que Babey hésitait... Mais l'orgueil l'emporta à la pensée de ce troisième échec, de sa réputation ternie à jamais, des critiques malveillantes à son égard le jugeant incompétent... Finalement il rappela Lucifer.
-Allons, signe ce contrat sans attendre, trancha le diable en lui tendant un parchemin jauni.
Tandis que l'homme de l'art s'exécutait, sur un geste mystérieux du démon, pierres de taille et poutres reprenaient leur place initiale... et voilà le pont reconstruit.
O surprise, ô satisfaction! Babey était-il comblé ? Obsédé par ce pacte qu'il se repentait maintenant d'avoir signé, avec de sinistres pressentiments, il rentra très tard à Sainte-Anne où il ne dit mot, ne confiant son secret à personne. Malgré l'insistance de sa femme, il refusa toute nourriture. Las, accablé, fiévreux, il dut se coucher. Des cauchemars terrifiants, des visions horribles l'assaillirent, hantant son esprit tourmenté, secouant son corps de grands frissons. Le malheureux cherchait à s'asseoir sur son lit, transpirait à grosses gouttes, hurlait, parlait du diable et voulait fuir au loin. Épouvantée, sa femme appela les voisins.
-Mon pauvre mari est bien mal. Il délire et va trépasser... Ayez pitié et courez prévenir le curé de Crouzet, je vous en supplie, pour qu'il lui apporte les sacrements.
Le jour commençait à poindre quand le vieux prêtre alerté sortit du presbytère. Portant le ciboire d'or contenant les hosties, il pressait le pas, se sachant attendu impatiemment à Sainte-Anne. Il allait emprunter le sentier abrupt qui descendait au fond de la vallée quand il vit, à son grand étonnement, le pont terminé. A Crouzet ne chuchotait-on pas que l'oeuvre serait abandonnée après les trois échecs successifs ? Comme il fallait faire au plus vite, il revint donc sur ses pas et s'engagea résolument sur le pont qu'il était le premier à franchir. A mi-chemin le diable surgit, s'apprêtant à l'assaillir. Mais le brave curé reconnut tout de suite le Prince des ténèbres.
-Vade retro Satanas ! Retire-toi Satan, s'écria-t-il aussi fort qu'il put, en présentant le ciboire devant lui. Et Dieu intervint, sauvant son serviteur. Ébloui, désemparé, Lucifer sauta au-dessus du parapet pour tomber au fond de la gorge et disparaître à jamais dans une profonde excavation, qui n'est autre que l'entrée en forme d'entonnoir de l'Enfer, selon lacroyance ...
Alors le prêtre put poursuivre sa route jusqu'à la maisonnette de Babey toujours délirant qu'il rassura et réconforta. Bientôt le patient retrouva son calme. Depuis, solidement amarré aux deux versants de la vallée, le pont subsiste... Bien plus tard, d'importantes modifications lui furent apportées, mais son nom rappelle toujours l'hallucinante aventure.
Réalisation : Felicien DAROS - fef@fef-fantasy.org - www.fef-fantasy.orgadministration